| Fight Th Club | Re: demande de service
Th.Th.
thth@free.fr
Sat, 20 May 2000 11:20:06 +0200
thth wrote :
SEche is [approved by Alibi Art]
and
> > > > * Anonyme : Approved ? euh... et pourquoi ?!...
> > > > Th.Th. : "Service Compris" sera du lot...
> > > > Anonyme : ah !.... (silence) c qui ?
> > > > Th.Th. : Réseau Jérôme Sans & Nicolas Bourriaud.
> > > > Anonyme : euh... (re-silence) réseau quoi ?...
> > > > Th.Th. : Toi, tu vas rester anonyme longtemps.
seul-gli wrote
> > > j'ai pas bien compris ce que tu veux dire
> > > seul-gi
> Th.Th. wrote
> >
> > Y-a-t-il par Hazard un traducteur dans la salle ,
> > seul-gi est d'origine asiatique...
> > merci de votre aide.
> >
> > Th.Th.
028 wrote :
Http://BabelFish.AltaVista.com/Cgi-Bin/Translate?
and now Th.Th. write :
@nonymous: Approved? euh... and why?!... Th.Th.: " Service
Included/understood " will be batch... @nonymous: ah!.... (silence) who is ?
Th.Th.: Network Jerome Sans & Nicolas Bourriaud. @nonymous: euh...
(Re-silence) network what?... Th.Th.: You, you will remain @nonymous a long
time.
[Babel Fish can't translate the concept of the art social network]
so this the translation (in french please...)
EN ETRE OU NE PAS EN ETRE...
Traversant vernissages, soirées hype et autres sauteries arty, Thierry
Théolier fait de l'acte de présence l'essence même de son geste artistique.
S'inventant un personnage en représentation, l'incontournable s'abonne aux
rendez-vous d'art et souligne le mode sur lequel s'effectue la production de
valeur dans le monde de l'art contemporain. Procédant par infiltration,
l'artiste se pose comme un élément de connectique dans un milieu qui se
pense en termes de réseaux. Artiste du lien par excellence, Thierry Théolier
pousse la logique de l'esthétique relationnelle dans ses retranchements
ultimes : organisateur de partouzes, il prend acte de la réticulation d'un
milieu qu'il révèle à lui-même.
De la posture à l'imposture
Décidément, Thierry Théolier ne fait presque rien... Mais il est là, et
c'est déjà beaucoup. Pour lui, en tout cas, qui fait de sa présence dans les
lieux et aux événements qui font l'art d'aujourd'hui un geste artistique à
part entière. Il y a dans la démarche de Thierry Théolier un souvenir du
Marcel Duchamp des Rendez-vous d'art, auxquels il répond lui aussi
définitivement « présent ». Etre là au bon moment, assister à l'événement,
cultiver le direct, laisser sa trace, non dans l'histoire, mais dans le
présent, c'est à ces impératifs qu'obéit la démarche de Thierry Théolier. Y
être ou ne pas y être, c'est maintenant là la question. Thierry Théolier
réactualise le drame shakespearien à l'aune d'une problématique
contemporaine, certes moins profonde, celle de la captation du présent. Les
formes, chez Thierry Théolier, sont affaire posture et naissent de la
conjonction de lieux, d'événements et de présences.
Mais cette posture qu'il revendique ne va pas de soi, et les réseaux sont
par définition hermétiques à ceux qui n'y sont pas officiellement
introduits. Or, tout tissu conjonctif présentant des lacunes,
l'imperméabilité apparente du réseau de l'art n'est pas sans faille ; aussi,
le travail de positionnement de Thierry Théolier procède-t-il
essentiellement de l'infiltration, de la pénétration des réseaux.
Depuis 1998, armé de son tampon « approved by alibi-art », il impose
sauvagement sa marque sur tous les cartons d'invitation, flyers et autres
supports d'information qui fleurissent dans les lieux de l'art. A la fois
trace de passage et signe d'appropriation, son tampon est l'instrument d'une
démarche qui relève d'un processus de labellisation. En désignant par sa
marque les oeuvres ou les événements qu'il approuve, l'artiste inverse le
mode de production symbolique (et par conséquent économique) de la valeur
esthétique dans le milieu de l'art. En s'arrogeant les prérogatives
traditionnellement dévolues à d'autres acteurs de ce milieu (critiques,
galeries et institutions), il court-circuite les instances de labellisation
établies et renverse la topographie du champ de l'art, l'ancienne particule
en gravitation périphérique s'imposant illégitimement comme le nouveau noyau
des centres d'intérêt et de décision. L'objet de l'analyse devient sujet
analysant. En assumant les tâches qui, à priori, ne sont pas les siennes,
Thierry Théolier transforme l'autoportrait idéal que le milieu de l'art se
compose à travers les choix qu'il cautionne en un miroir qui le renvoie face
à lui-même et à sa qualité de grande machine célibataire fonctionnant sur le
mode de l'auto-représentation permanente.
Afin de donner un lieu à sa production artistique, Thierry Théolier
s'invente un personnage, TH. TH. Tel un Dorian Gray rejetant dans son
portrait le banal et le transitif, il se crée un double, une fiction de
personnage, « une oeuvre d'art unique » répondant à un processus
d'élaboration permanente. Thierry Théolier n'est donc pas un artiste sans
oeuvre, c'est un « artiste-oeuvre ». D'aucuns voudront voir dans cette mise
à distance de son individu pour laisser la place à un travail de
« sculpture » de son personnage en représentation le prototype même du
dandy. Mais le dandy TH. TH. n'étudie pas la pose ; il concentre son action
sur une problématique de posture et veut fonctionner comme un révélateur
dans le jeu de l'art contemporain.
En déclarant cette posture, Thierry Théolier, qui, décidément, ne fait
presque rien, usurpe un rôle qui ne lui est pas destiné et revendique
l'imposture comme mode d'être à l'art.
Du racoleur au recolleur : la Tooz
Marcel Duchamp, disposant ses ready-made au sein du musée, postulait une
possibilité d'art liée, non plus au travail manuel de l'artiste, mais à son
simple acte de décision, combiné à un lieu (le musée) et à des présences
(les gens de l'art). Déchu du devant de son chevalet, l'artiste se
retrouvant à la croisée de jeux d'affluences et d'influences, hérite de sa
posture nouvelle un pouvoir quasi magique de transmuter le banal en art.
Thierry Théolier, de son côté, évacuant la problématique de l'objet, fait de
l'ensemble du milieu de l'art son unique ready-made et se pose comme
l'élément catalyseur du processus alchimique qui métamorphose la trivialité
de départ de ce milieu dans ce qu'il considère en faire sa spécificité, la
hype » (comprendre le branché), manipulant avec brio son ingrédient de
base, le « buzz » (la rumeur). C'est que Thierry Théolier est un expert en
matière de mondanités : jeune homme très sympathique, ayant un contact
facile et beaucoup de relations... autant de dons et d'outils pour mener à
bien le travail de création auquel il s'attelle. Quelque part, Thierry
Théolier fait la pute pour TH. TH. Un peu comme Alberto Sorbelli qui tapine
dans les vernissages. Exit jarretelles et autres décolletés, ce que vend
Thierry Théolier, c'est son âme. Là où un Dorian Gray pactise avec le Diable
pour s'abstraire dans l'éternité, lui se compromet avec le milieu de l'art
pour obtenir la reconnaissance et avec les médias pour connaître la
célébrité. En leur donnant TH. TH. en pâture, Thierry Théolier recherche ce
fameux « quart-d'heure de célébrité » dont parlait Andy Warhol ; c'est que
les médias sont là pour faire vivre son personnage qui n'existe que dans la
représentation.
A la croisée des chemins et des gens qui font l'art d'aujourd'hui,
l'artiste, qui se présente comme un entremetteur, s'avère être un élément de
connectique au sein d'un milieu qui se pense en termes de réseau ; c'est un
activeur. En prenant acte de la réticulation extrême du milieu de l'art,
Thierry Théolier organise des Tooz et renvoie ce milieu au miroir de son
fonctionnement. Si, inévitablement, la chose en choquera plus d'un, il ne
faut pas voir dans l'organisation de telles « sauteries » et encore moins
dans la publicité qui en est faite, une volonté de provoquer un milieu de
l'art qui s'ennuie ou de remettre au goût du jour une libération sexuelle
déjà expérimentée par nos parents de la génération post-soixante-huitarde.
Il semble au contraire que le phénomène orgiaque cristallise ici le moment
relationnel ultime d'individus en perte d'eux-mêmes cherchant dans le tas
des instants fusionnels absolus, comme autant de « particules élémentaires »
à la recherche d'un noyau provisoire, comme autant d'artistes, de critiques,
de galeristes et autres institutionnels à la recherche d'une place, aussi
éphémère soit-elle, dans le réseau mouvant de l'art. Dans la fusion
extatique de l'orgie résonne l'alchimie des Rendez-vous d'art. Là où
Duchamp, par goût iconoclaste, provoque un séisme dans un milieu de l'art
bien établi, Thierry Théolier semble au contraire adopter une démarche
consensuelle, au sens étymologique qui renvoie à l'idée de « sentir
ensemble » 1, une démarche de réunion autour de l'art, ou plutôt de réunion
tout court. L'art a disparu, reste l'agrégat. Le racoleur se met au service
d'un recolleur d'entités préalablement disjointes pour franchir ici l'ultime
étape de l'esthétique relationnelle.
Obscènes alibis
En insistant sur la problématique du présent et de la présence, Thierry
Théolier nous demande finalement si l'art ne serait rien d'autre qu'un
prétexte pour être ensemble, rien d'autre qu'un alibi. Mais le prétexte
est-il valable ? Se pourrait-il que milieu de l'art ne parvienne pas à
recréer cette magie, que l'alchimie n'ait pas lieu là, mais ailleurs ? Le 19
septembre 1999, pendant la Fiac, cet incontournable rendez-vous des gens de
l'art, Thierry Théolier organise FIAC OFF !, un rendez-vous de 4000 artistes
au Bois de Meudon. Pied de nez à la Fiac, auquel n'assistèrent qu'un
trentaine de pingouins détrempés par la pluie, FIAC OFF ! fournit un alibi
pour se retrouver à ceux que la Fiac laisse froids, ou qui ont simplement
fini d'y faire leurs affaires. Le bois fonctionne ici comme un ailleurs2, un
lieu chargé d'un potentiel dionysiaque, en rupture d'avec les exigences
prométhéennes auxquelles répond le marché dans son écrin, la foire. La Tooz
ne fonctionne-t-elle pas elle aussi comme un ailleurs pour un milieu de
l'art qui ne s'y reconnaît pas forcément, loin s'en faut ? C'est que, il se
dégage de l'orgie une dimension obscène pour celui auquel elle s'offre en
spectacle et qui n'y participe pas. "Blank obscenity", c'est le sous-titre
que Thierry Théolier donne à ses Tooz. Une obscénité transparente, donc, une
obscénité qui probablement renvoie le milieu de l'art à lui-même. Pourquoi
le documentaire sur les marchands d'art Marianne et Pierre Nahon a-t-il fait
scandale ? Peut-être parce que l'exhibition des ressorts intimes qui
actionnent le jeu subtil de l'art, une réalité habituellement occultée et
dévoilée ici dans sa crudité, paraît obscène pour qui la contemple de
l'extérieur. Y'aurait-t-il de l'obscène dans le réseau pour celui qui n'en
est pas ? En être ou ne pas en être, c'est la question...
1 « [...] l'esthétique (aisthésis), le sentir commun, semble être le
meilleur moyen de nommer le « consensus » qui s'élabore sous nos yeux, celui
des sentiments partagés ou des sensualités exacerbées : Cum-sensualis ».
Michel Maffesoli, Au creux des apparences, pour une éthique de l'esthétique,
Le livre de poche, Paris, 1993, p. 13.
2 Alibi signifie ailleurs en latin.