net.nanar
Y
yann@x-arn.org
Sun, 2 Apr 2000 19:21:59 +0200
> Il faudrait dZfinir un tant soit peu le net.art
> Car pour l'instant a ressemble a un alibi pour un
> anhistorisme-de-l'art ou une anamnZsie-de-l'art de plus...
...
> On est dans l'art, point.
> Les pratiques artistiques sur le net s'Zvaluent en regard de
> la question de l'art, de l'histoire de l'art.
> Il en est ainsi pour la peinture (et non peinture.art...), la
> sculpture, la photo, la vidZo, la performance, n'importe quel
> type de pratique.
Une spécificité remarquable du net est que l'espace de la relation au
public est le même que celui de l'acte de creation - soit l'ensemble des
machines interconnectées. Il n'y a plus de déplacement de l'atelier ou
lieu de creation vers le musée ou galerie ou lieu de
monstration/echange.
Cela pose le probleme de la contextualisation de ce qui peut etre repéré
comme oeuvre ou pratique artistique. C'est ton utilisation judicieuse de
peinture.art qui me fait penser à l'exemple suivant : si tu vas voir de
la peinture dans un lieu identifié ou présenté comme vecteur de
diffusion de l'art, tu vas voir de l'art généralement dans des cadres.
Si tu vas voir de la peinture dans la rue, tu vas voir des ravalements
de façade.
La simultanéité des espaces sur le net tend à évacuer la
contextualisation qui permet le repérage et l'identification, ou
reconnaissance, et inversement pousse le commentateur ou l'historien à
tenter de recontextualiser pour permettre le repérage.
Le déficit actuel de ces pratiques de recontextualisation
(intermediaires) en France en tout cas, aboutit à une situation
d'approche par défaut ou, dans le meilleur des cas, devient net.art tout
ce qui ne ressemble pas à une pratique identifiée par ailleurs sur le
net. Dans le pire des cas on attribue arbitrairement à une pratique une
labelisation artistique parce qu'elle émane d'individus ou groupes liés
aux institutions qui sont aujourd'hui en charge de la politique
culturelle et du déploiement des moyens dans une hierarchie pyramidale -
modele contradictoire avec l'emergence du net s'il en est.
Assimiler une évaluation de l'art à une mise en perspective historique
est une possibilité d'éclairage qui incombe aux historiens, et je crois
personnellement davantage aux processus d'historisation qu'à
l'histoire en elle-même. Ce qui signifie que l'histoire est davantage
un regard actuel sur une perspective temporelle qu'une verité immuable
qui assoit le présent. Les modalités de la recherche historique évoluent
et font de l'histoire une pensée parallele reflechissante plus qu'un
corpus qui appuie des démonstrations et conclusions incontestables.
L'art n'est donc pas fondé sur l'histoire, mais ce n'est pas
incontestable non plus.
Enfin, toute distinction qui tend à sectoriser, encore une fois dans un
but d'identification, ne produit qu'une grille de lecture qui n'est en
aucun cas l'oeuvre en soi, bien que cela puisse etre egalement une
possibilité. La terminologie des moyens (peinture, sculpture...) a pour
avantage de permettre un minimum d'organisation dans le contexte de la
manifestation publique et du discours sur, mais deviennent
instantanément, au moment de leur affirmation, des modèles à détourner.
Travailler à une définition du net.art pourra donc permettre par la
suite de faire autre chose que du net.art. On a d'ailleurs déjà parlé
ici de la fin du net.art, des lors qu'il fut historisé (cf url de jmm).
Pour boucler : il est possible que dans la grotte de Lascaux étaient
réunies les simultaneités d'espace évoquées plus haut, mais c'était la
prehistoire.
> Pourquoi en serait-il autrement pour le net ? D'autant plus
> que le net n'est certainement pas le medium le plus
> "nouveau" (dans le sens ou il apporterait des codes de
> reprZsentation totalement en rupture)
Sachant egalement que des actes purement indicibles le demeurent,
l'indicible dans l'art ne peut le rester.
prochain episode : 'le net.art n'est pas le computer.art' ou que penser
d'un executable en téléchargement ?
Z