[Juenger-list] La Revue des Ressources: Le Waldgänger
Tobias Wimbauer
wimbauer at web.de
Mon Jul 10 04:15:03 EDT 2006
schöne grüße rundum, tw
http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=207
Figures du Waldgänger
Le lundi 10 juillet 2006, par Jean Pascal
Waldgänger est le terme quutilise Jünger dans le Traité du Rebelle ; le Waldgänger, en Allemand, est "celui qui a recours aux forêts". Pour Jünger il sagit dune "figure", dune sorte d"homme schématique". Ce nest pas un anarchiste, ni un militant, ni un rebelle, ni un résistant non plus. Le terme revient, avec celui dAnarque, dans beaucoup de ses livres, dont un roman sur le Waldgänger même, intitulé Eumeswil, ou dans ses Entretiens. Michel Onfray lévoque dans La Sculpture de Soi.
Ce texte tente de définir la position du Waldgänger, multiple et difficile à encadrer : il sagit davoir la possibilité de dégager mais sans fuir, de se retirer du jeu tout en lobservant, de ne plus jouer, de ne plus y croire (tout en augmentant sa lucidité), de rester sur place mais en démissionnant intérieurement, se replier. Toutes les gradations existent, de la prise de conscience de lhumour de sa situation à lexil intérieur complet. Cest en tout cas difficile à cartographier ! Cest en lisant un ouvrage de Pascal Bruckner que jai compris que lon pouvait définir ce "territoire" en lencadrant, en le construisant par rapport à ce quil nest pas. Avez-vous remarqué comme tout ce vocabulaire est TOPOLOGIQUE ?...
Lexpression "le recours aux forêts" est en elle-même très instructive. Dabord, il sagit dun "recours", cest à dire un choix, une décision. La forêt est un lieu où lon se cache, où lon est invisible et forcément autonome. Mais il ne sagit pas dun exil, dune disparition ; le recours aux forêts signifie quon peut surgir à nouveau, nimporte quand.
DEFINITIONS - LES VISAGES MULTIPLES DU WALDGÄNGER
Le Waldgänger nest aucune des "figures" de cette liste, mais il emprunte à chacun :
LOtaku est un terme japonais qui désigne les gens qui ne sortent plus du tout de chez eux, vivent reclus, reliés au monde grâce à Internet. Ils sont en général jeunes et passionnés par un domaine précis. Il existe un documentaire incroyable sur ce thème, réalisé par J.-J. Beinex. Mon personnage nest pas un Otaku, mais il en a capté les avantages actuels : recherche du calme et de lisolement, utilisation des ordinateurs et dInternet comme "outils", qui préfère le mail au téléphone, se fait livrer ses courses plutôt qualler faire la queue dans les magasins. Les sociologues appellent ça "phobie sociale" mais il savère que cest une forme possible de protection. Se protéger contre quoi ? Contre la publicité généralisée, le bruit, les voitures, la pollution ou la musique dambiance... LOtaku, sorte d"ermite urbain", est intéressant car il prend la décision de se protéger de la folie de la cité tout en restant dans la cité.
LErmite, selon la définition, "vit dans la solitude", avec un sous-entendu, sans doute : qui le souhaite (pour réfléchir, ou éviter les humains ?). Il ne sagit pas ici daller vivre dans une grotte, mais peut-être de se permettre des moments à soi. Il sagit de se protéger aussi (des humains turbulents ou importuns, du bruit, des multiples excitations dont parle Nietzsche, qui nous font ressembler à des cobayes électrique, et empêchent la pensée de sétirer et de bourgeonner). Se retirer, en somme... mais certainement (enfin, cest ce qui mintéresse ici) pour mieux comprendre les choses, afin, ensuite, de replonger dans le monde. Le Waldgänger est peut-être un ermite DE TEMPS EN TEMPS...
Dans plusieurs de ses livres, Pascal Bruckner évoque, lui, la figure du déserteur ; il sagit peut-être dobserver le jeu mais de ne pas le jouer, faire un pas de côté, de se mettre en position oblique, joueuse, libre, responsable, et aussi, de façon assez nette, de se permettre AUSSI de rentrer dans le jeu si cest nécessaire. On est dans une démarche de lindividu autonome, qui sait que le monde est complexe. Peut-être se retire-t-il pour en tracer les cartes ? Refuser de jouer tout en restant pas loin, cultiver sa lucidité, et peut-être une forme de désinvolture.
LAutonome (quel mot étrange, non ?) mintéresse pour plusieurs raisons. Dabord parce quil fonde son action sur une sorte déthique personnelle (lAutonome, par exemple, ne se situe pas dans une minorité, même pour en tirer un quelconque avantage). Ensuite, il refuse de rester sans cesse à la surface de lactualité, de la nouveauté, ce que jappelle la "culture à réaction". Il ne sagit pas, comme souvent, de réagir à ce que proposent les médias, le Spectacle, mais de chercher hors de cette surface, dans la profondeur. Une conséquence possible de lAutonomie est la solitude, on y revient toujours : si à lépoque de la techno, vous faites de la techno, tout va bien, mais si à lépoque de la techno vous explorez lutilisation du hautbois dans la musique hongroise du XIXème siècle, vous êtes tout seul !
Le Freineur Individuel, je nai rien trouvé de mieux pour lappeler : laction sur le monde nest pas politique ou militante, cest une stratégie individuelle qui exprime lidée que, par exemple, si le train est fou, inutile daller manifester sur le toit avec les autres : il faut freiner soi-même, avec ses propres moyens. En somme : changer le monde par la somme de petites actions individuelles, responsables, plutôt que par des grandes idées, des grands projets, de grandes actions ou explications. Le Waldgänger nest certainement pas un rebelle, ni un "freineur", en tout cas pas forcément. Position déconsidérée, ou automatiquement qualifiée de "lâche" par la société, observer sans agir, sans conclure, peut suffire au Waldgänger. Une des formes du quiétisme...
La "Figure" de LObservateur est intéressante, parce que celui-ci ne FUIT PAS LA BATAILLE, il la scrute. Lobservateur reste là où se situent les événements, mais est conscient davoir une position esthétique différente. Il peut dailleurs participer tout en observant, ou se mettre juste un peu à lécart. Le positionnement en observateur implique une volonté de compréhension, pas de fuite. Lidée, aussi, est de nêtre pas dupe. Le terme revient pour une des catégories des ennéagrammes.
La "Figure" du Promeneur prend de multiples formes, et est assez précise. Le paresseux, celui qui fait la sieste, qui se promène... Figure quon retrouve dans de très nombreux livres, de léloge de la paresse ou de la lenteur aux carnets de promeneurs. Mais on peut très bien être habité par cette "Figure" au milieu dune réunion de bureau. Une sorte de regard déposé et surtout pas cynique, ou ricanant. Etre là sans lêtre. Une des caractéristique du Waldgänger est que son recours aux forêts peut être utilisé partout. Il nest probablement jamais "à fond", il observe, décode, samuse, mais nen montre rien...
Le Touriste décodeur, le touriste qui observe, se renseigne, essaie de comprendre, relie, tisse des liens de sens, le touriste actif, quoi ! Ce type précis de touriste (lexemple mest donné par le livre extraordinaire de Giono Voyage en Italie ou les journaux de la fin de la vie de Jünger Soixante Dix sEfface) déambule librement, choisit en permanence ce quil veut voir ou ne pas voir, etc etc (il faudrait approfondir cette "attitude"). Le Waldgänger possède cet état desprit en permanence, il est celui qui est là, qui observe, même : se régale, veut comprendre TOUT EN NETANT PAS DU COIN. Il ne fait pas partie du jeu ("la vie des gens qui habitent là"). Il est létranger, celui qui visite en sympathie. Mais il nest pas du coin...
Le Waldgänger emprunte quelques traits au résistant. Il ne clame pas partout quil lest, il se cache.
Et la Pataphysique ? Je suis le premier étonné. Voici un extrait de Clefs pour la Pataphysique de Guy Launoir (disponibilité inconnue) : " La Pataphysique est, dallure, imperturbable. (...) La vie, cest entendu, est absurde, mais cest parfaitement banal, et il est grotesque de la prendre au sérieux. Surtout pour sen indigner ou lattaquer. Le comique est un sérieux qui sexcuse par la bouffonnerie, le sérieux pris au sérieux est inexorablement bouffon. Cest pourquoi le pataphysicien reste attentif et imperturbable (Imperturbabilité nest pas une traduction noble de froideur. Le Pataphysicien se sent personnellement intéressé, - non par l"engagement" de celui qui cherche à créer des valeurs humaines - mais à la manière de lenfant regardant dans un kaléidoscope ou de lastronome étudiant ses galaxies). Cette imperturbabilité lui confère lanonymat et la possibilité de goûter lentière profusion pataphysique de lexistence. "
Toutes ces "figures" ont recours aux forêts, dune façon ou dune autre. Le "champ de force" du Waldgänger peut sappliquer à de nombreuses circonstances. Dautres domaines sont à explorer, comme le "quiétisme", ou un des axes de vie des personnages de Huysmans (Des Esseintes, que fait-il ? Voir aussi la préface de En Rade, qui joue avec cette topologie). Il faut sintéresser à la vie de Glenn Gould, fasciné lui par lidée du "Nord", et qui a cessé toute représentation en concert assez tôt dans sa carrière. Celle de Rimbaud (qui dun seul coup ne joue plus, et part en Afrique sans plus jamais écrire de poème). Jai retrouvé cet "axe" chez... Dilbert, la célèbre BD dun cadre informatique qui reste à son poste mais ny croit plus du tout, jouant le jeu sans le jouer jamais vraiment. Chez Thomas Bernhard et ses fleuves de colère rentrée (en particulier dans son roman Des Arbres à Abattre). Peut-être chez Kafka, Lovecraft, ou Szentkuthy. A lextrême, chez Houellebecq, qui enlève quasiment toute transcendance à la vie contemporaine, ne décrivant plus que le fonctionnement (attitude qui peut conduire à une forme de folie, voir ladaptation au cinéma terrifiante dExtension du Domaine de la Lutte). Jai retrouvé cette idée dans le film (et la BD de Clowes) Ghost World, où plus rien ne semble avoir de sens. Chez Debord, dans son pilonnage froid du "spectacle", dans les Journaux de Jünger, âme cultivée dans un monde en phase décroulement, dans Cioran bien sûr, multiple, désespéré et drôle, chez Schopenhauer et Nietzsche, évidemment. Cette attitude oblique se retrouve dans quelques essais de Pascal Bruckner. Chez les philosophes Stoïciens, dans le "non-agir" du Tao et de Lao Tseu, chez Laborit pour le côté positif de la "fuite", dans quelques idées des anarchistes et libertaires (hors du domaine velléitaire). Ils sont DANS le monde, lexplorent dans tous les sens, mais en même temps en sont retirés, et à leur contact, le monde est comme démonté...
Tous ces domaines et écrivains sont bien différents. Le recours aux forêts nest ni une doctrine ou un schéma de vie, cest comme un "champ de force", qui peut sappliquer de mille façons et dans bien des circonstances...
EXEMPLES PRATIQUES :
Le piéton, au siècle des voitures, est un Waldgänger, il est dans son propre monde, apprécie probablement sa lenteur. Il est seul, se glisse, il ne joue pas le jeu habituel (aller vite, être à labri des intempéries). Celui qui na pas la télévision est un Waldgänger. Sa propre forêt est probablement sa bibliothèque, et les conversations à deux. Il est autonome (consulte ce quil veut quand il veut), il se protège (de lagitation télévisuelle, de la publicité omniprésente, de la bêtise en torrents), il ne joue pas le jeu social du lendemain ("tu as vu à la télé ?"), et il est discret (comment mesurer laudimat de celui qui na pas la télé ?). Celui qui na pas de téléphone portable est un Waldgänger. Sa forêt est contenue dans le fait quon ne peut parfois pas le trouver, ni lui parler. Il refuse quon puisse le sonner dans la rue. Il est autonome, sans "fil". Celui qui sintéresse à autre chose que ce qui est nouveau, cest-à-dire dont la culture est indépendante des médias et du Spectacle, est un Waldgänger. Il lit Montherlant pendant la "rentrée littéraire", écoute Bartok à la sortie du nouveau Björk, est au cycle Ozu à la cinémathèque pendant Star Academy. Le frugal est un éminent Waldgänger. Il na pas dambition professionnelle (ce qui lui évite épuisement, stress, perte de temps), nest pas rassasié par le jeu de la consommation de loisir, modère donc ses désirs dachat (et par exemple, se protège de lenvahissement publicitaire), achète doccasion et... ne possède pas dactions !
Ces exemples sont significatifs : le Waldgänger "retranche" quelque chose, il existe par ce quil na pas, il existe par son refus (tranquille, possiblement amusé) de ne pas jouer le jeu.
Lamoureux, ou la femme enceinte, sont des Waldgängers. La communauté humaine, son agitation et ses motivations leur parviennent comme à travers un filtre bizarre. Ils sont dans leur propre monde (la forêt, donc, même si ici on ny a pas au forcément "recours").
CE QUE NEST PAS LE WALDGÄNGER :
Le Waldgänger nest pas un rebelle (il est discret), ni un militant (il ne veut rien changer, sauf lui-même), ni un révolté (il nest ni pour, ni contre, mais "à côté du débat") ; il nest pas romantique (mais plutôt lucide, joueur, désenchanté) ; si cest un artiste, il nest pas "exposé" (le Waldgänger ne joue pas le jeu du Spectacle, de la représentation) ; ce nest pas un ermite (il reste dans la communauté des hommes). Il est aisé de trouver du Waldgänger partout !
POURQUOI - COMMENT ? LES MOTIVATIONS DU WALDGÄNGER
Lattitude Waldgänger est peut-être innée ou acquise. Cest une formulation un peu schématique, mais il est sans doute vrai que certaines personnes sont et ont toujours été tentées par la "chose philosophique", comme dirait Thomas Bernhard, des toujours plus ou moins retirés du jeu, qui ont tendance à observer le chaos plutôt qu à y participer. Dans les Ennéagrammes, une des figures est lObservateur.
Le recours aux forêts peut être utilisé dans de multiples circonstances. Si cest la "société", qui devient écrasante, il est relativement facile de refuser den jouer le jeu. On sort du jeu, on part dans la forêt. Mais la forêt est proche de la communauté humaine : il est possible de revenir rapidement dans le jeu.
Le Waldgänger est libre, mais personne ne le sait. Il na aucune envie dêtre remarqué.
Il est de même presque évident que lon attrape cette sorte de maladie avec la maturité, et donc avec lâge. Lenvie de se "retirer de la ligne du front", comme le dit Michel Polac quelque part dans son Journal, devient de plus en plus forte.
Il me semble (toutes ces propositions sont des pistes à creuser), que cette attitude peut SURGIR et que lon change du tout au tout en quelques jours, suite à un événement grave, une maladie, un accident, un déclic, en somme. "Dun seul coup le rideau est tombé et je ny crois plus". A linverse, elle peut être très progressive, un glissement.
Pour terminer, je pense que cela peut arriver après ce que jappellerais une "surcharge par accumulation", cest-à-dire, chez ceux dont la profession est liée au grand cirque de linvention de la réalité : journalistes, mode, chanteurs, financiers etc... A force de voir les choses "en train de se faire", la FOI seffrite, sérode, et dun seul coup tout sécroule...
BIBLIO DANS LE DESORDRE
Collection Autrement (Mutations) : Etre Indifférent ? (La Tentation du Détachement).
Thomas Bernhard : Des Arbres à Abattre - Une irritation (hilarante et furieuse démolition dun "dîner artistique" par un narrateur assis dans un fauteuil). Le Naufragé, lhistoire dun repli (un pianiste, effaré par le génie dun collègue, décide dabandonner le piano, et dobserver un troisième acolyte, qui lui se met à sombrer).
Ernst Jünger : Traité du Rebelle (essai sur les différentes formes du Waldgänger), Eumeswil (roman sur ce thème précis), Sur les Falaises de Marbre (un roman-fable magnifique). Lire aussi les quatre tomes des Journaux de Guerre (Jardins et Routes, La Cabane dans la Vigne, Premier Journal Parisien, Second Journal Parisien). Jünger est alors officier de la Wermacht en France occupée...
Guy Debord (par exemple : Commentaires sur la Société du Spectacle).
Nietzsche : uvres (Flammarion) & La Volonté de Puissance.
Grenier : Lesprit du Tao.
Gombrowicz : Journal, et Ferdydurke (" ..une galerie de "poses" démolies par lauteur qui montre à ce jeu de massacre une habileté hors pair. Aux "formes" qui figent les esprits, Gombrowicz applique une sorte de "doute hyperbolique" auquel rien ne résiste : ne demeurent que le jeu et les têtes coupées " (extrait du Livre des livres du XXe Siècle).
Houellebecq : Extension du Domaine de la Lutte, et "Approche et désarroi" et "La Fête", dans Rester Vivant et autres textes ("Chaque individu est en mesure de produire en lui-même une sorte de révolution froide, en se plaçant pour un instant en dehors du flux informatif-publicitaire. Cest très facile à faire ; il na même jamais été aussi simple quaujourdhui de se placer, par rapport au monde, dans une position esthétique : il suffit de faire un pas de côté. Et ce pas lui-même, en dernière instance, est inutile. Il suffit de marquer un temps darrêt ; déteindre la radio, de débrancher la télévision ; de ne plus rien acheter, de ne plus rien désirer acheter. Il suffit de ne plus participer, de ne plus savoir ; de suspendre temporairement tout activité mentale. Il suffit, littéralement, de simmobiliser quelques secondes").
Gilles Châtelet : Vivre et Penser comme des Porcs, écrit vraisemblablement sur le coup dune gigantesque colère. Un vrai déluge dartillerie.
Henri Laborit : Eloge de la Fuite.
Michel Schneider : Glenn Gould Piano Solo. On peut aussi feuilleter les livres de Gould lui-même...
Roland Jaccard : Le Cimetière de la Morale (Livre de Poche Biblio), un tout petit livre qui fait le portrait des grands pessimistes et des "retirés", de Schopenhauer à Leopardi, de Cioran à Bierce (voir son Dictionnaire du Diable) ou Fritz Zorn (Mars !).
Il faut connaître le réjouissant Du Trop de Réalité dAnnie Le Brun. Ce livre est un pilonnage systématique et méthodique de la société occidentale actuelle. Un vrai saccage, un vrai barrage dartillerie. Passionnant malgré deux étranges lubies de lauteur : limportance donnée au pouvoir de la poésie (la poésie est capitale, mais ne me semble avoir que peu de "pouvoir opératoire"), et la gigantesque allergie aux ordinateurs (pourquoi combattre des outils ?).
Intéressantes page sur lAnarque dans le livre de Michel Onfray, La Sculpture de Soi.
Quelques douceurs, avec Le Voyage en Italie de Jean Giono, ou comment faire le touriste sans le faire, ou Eloge du Repos, de Paul Morand...
Autres désacralisateurs : Vaneighem (hilarant, féroce : indispensable), Pascal Bruckner (tous ses essais sont passionnants par leur "position"), Cioran, Schopenhauer, le Journal de M. Polac et, en BD, Dilbert, bien sûr...
CITATIONS EN VRAC :
"Je ne sais pas quelle serait la bonne proportion, mais jai toujours eu une sorte dintuition selon laquelle pour chaque heure passée en compagnie dun autre être humain, on a besoin dx heures seul."
Glenn Gould
"Aujourdhui on ne peut pas travailler en société (...) ; il faut le faire dans la solitude, comme un homme qui ouvre une brèche dans la forêt vierge, soutenu par lunique espoir que, quelque part, dans les fourrés dautres travaillent à la même oeuvre."
Ernst Jünger (Le Coeur Aventureux)
"HIDE UNDERWATER OR ANYWHERE SO UNDISTURBED YOU FEEL THE JERK OF PLEASURE WHEN AN IDEA COMES."
Jenny Holzer
"Dans mon enfance, il me fallait, pour jouir de moi-même, me retirer dans des coins difficiles à découvrir. Aujourdhui, jy parviens partout."
Ernst Jünger, (Eumeswil)
"Si la société devient insupportable, alors je deviens Waldgänger ; et je peux lêtre aussi naturellement dans un gratte-ciel."
Ernst Jünger.
"Javais inventé une forme de désintérêt qui ne me reliait à la réalité, comme une araignée, que par un fil invisible."
Ernst Jünger.
"LAnarque qui, au lieu de sopposer brutalement à un pouvoir qui risque de lécraser, se met en marge de lui par un semblant dacceptation qui lui assure sa liberté intérieure."
Ernst Jünger
"Tout à coup, il mest devenu indifférent de ne pas être moderne."
Roland Barthes (cité par Houellebecq Extension du Domaine de la Lutte)
"Personne ne sait mon nom, et personne ne connaît ce refuge."
Ernst Jünger
"Je fais tout très lentement. Jaime ça. Si on se bouscule pour quoi que ce soit, je men vais, quitte à ne pas attraper ce que les autres attrapent. Si on me dit, les yeux exorbités, il faut absolument visiter ça, il y a de grandes chances pour que jaille faire la sieste avec un roman policier. "
Jean Giono (Voyage en Italie)
"Dire oui, toujours et à tout le monde, et nen faire quà sa tête. "
François Truffaut
"Il existe sans doute au coeur de Manhattan des gens qui se débrouillent pour mener une existence aussi indépendante et érémitique que le prospecteur errant à travers la toundra recouverte de lichen que A. Y. Jackson aimait tant à peindre au nord du lac de la Grande Ourse. Tout est donc probablement question dattitude."
Glenn Gould (Contrepoint à la ligne)
"Une sortie volontaire du cercle, du milieu ; une mise à lécart, loin de la tyrannie des excitations qui nous condamne à ne dépenser nos forces quen réactions et qui ne permet plus à celles-ci de saccumuler jusquà une activité spontanée. "
Nietzsche (La Volonté de Puissance)
"Un instant, un éclair, tu nes plus dans le coup... Tout à coup tu vois le fonctionnement autour de toi."
Barjavel (La Faim du Tigre)
"Observer sans conclure."
Krishnamurti
"Il faut pratiquer un subtil travail non dopposition, mais de différenciation, à lintérieur duquel on sinstalle, observateur et songeur, méditatif et distrait. Abri fantasmatique, sorte de tente invisible aux autres et qui se monte et se démonte en un souffle."
Chantal Thomas (Comment supporter sa liberté)
"Mettez-vous plutôt à lécart ! Fuyez vous cacher ! Et ayez vos masques, de sorte quon vous confonde avec dautres ! Et noubliez pas le jardin, le jardin au grillage doré ! Faites le choix de la bonne solitude. La solitude libre, malicieuse, légère, celle qui vous donne même le droit de demeurer bons en quelque manière !"
Nietzsche (Par delà bien et mal)
"Comme je nai pas réussi à rendre les hommes plus raisonnables, jai préféré être heureux loin deux. "
Voltaire
"Donc celui-là a remis un bras, lautre une jambe, lautre une oreille, lautre un dos et celui-ci un oeil. Et toi ? Quest-ce que tu vas remettre ? Ton âme ? Non, lui dis-je, vous naurez pas mon âme."
V. Chalamov
Un extrait du dernier livre de P. Bruckner : Misère de la Prospérité. Un exemple caractéristique de lattitude Waldgänger : "...cest la désaffection, cette lassitude ponctuelle qui monte de nos sociétés (et touche jusquaux décideurs, investisseurs, banquiers) face à la surproduction insensée, la camelote entassée dans les vitrines, le mercantilisme nauséeux, lébriété publicitaire ; cest le salutaire "à quoi bon ?" de ceux qui ne comprennent plus le sens de ces pseudo-richesses. (...) Ce qui sinstalle tout doucement, cest moins un idéal de révolution que de détournement. Etre "anticapitaliste", cest dabord cesser dêtre obsédé par le capitalisme, cest penser à autre chose. Plutôt que dêtre contre, pourquoi ne pas être à côté, se dérober ? Lon déserte en déplaçant les signes du luxe, du moins à titre individuel : le temps libre plutôt que les gros salaires, la méditation plutôt que la frénésie, la vie de lesprit plutôt que la fièvre commerciale, les petites sociétés à la place du grand monde, la réclusion avec des amis plutôt que la solitude dans la foule. Bref, le retrait savamment dosé, une contradiction lucidement acceptée : des niches de beauté, de silence, de culture, une subtile schizophrénie qui permet dêtre dedans et dehors, de se déprendre sans séloigner, un exil intérieur."
Ce texte a été publié une première fois en septembre 2003.
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